Rome ou comment manager par l’engagement?

Le mot engagement revêt plusieurs significations. L’engagement est la conséquence d’une vision, une prise de position, mais il désigne également l’entrée dans l’action, une organisation ne valant que par ceux qui l’animent. Toute civilisation est mortelle. Toute organisation peut disparaître. A cet égard, Rome est riche d’enseignement…

 Rome si proche, toujours féconde

Le cinéma sait nous plonger dans la grandeur de Rome, de Ben Hur à Gladiator, en passant par la série TV, Rome. Les monuments nous rendent admiratifs de ces villes et ouvrages d’art qui témoignaient de la puissance de Rome. Nous avons été bercés par Astérix luttant contre l’hégémonie romaine. Rome si lointaine… Et pourtant si proche. Elle a inspiré toutes nos langues. Son droit a donné les outils qui organisent la vie et les affaires. Son génie pratique, l’acheminement de l’eau, l’invention du béton, des immeubles à plusieurs étages, nous surprend. Les Romains vivaient notre vie, ils s’affrontaient aux questions qui agitent sans cesse des sociétés. Leur proximité, très humaine, devrait nous inciter à nous pencher sur leur histoire de plus de 10 siècles, 20 en ajoutant l’empire byzantin. Tout a été vu et étudié. C’est un gigantesque réservoir de bonnes pratiques. Il nous attend pour qui consent à refuser l’amnésie.

Rome, une vision et un mythe pour s’engager et pour durer

Cette civilisation s’enracine profondément dans les commencements. La conviction ferme de ceux qui mèneront Rome est faite de frugalité, de vie austère, de rigueur, d’engagement pour la Cité. Rome, c’est d’abord l’homme romain, inspiré par trois valeurs et comportements forts : Fides, Pietas, Virtus.
Fides, qui engage à des liens permanents, à des engagements loyaux et toujours tenus. Pietas, qui reconnait toujours la valeur de ceux qui nous ont précédés et la force de l’esprit ; quand on ne croit à rien, tout s’effrite. Virtus, qui est le cœur de la constance dans l’engagement, le courage, le combat.
Innombrables sont les figures pour inspirer l’engagement de cet homme romain au fil des siècles : Caton l’austère romain, Cicéron l’orateur profond, Auguste le politique avisé, Trajan, la sagesse mêlée à la réussite militaire. La vision, en s’enracinant dans le passé et le mythe civilisateur, sût en permanence s’adapter. Deux siècles avant l’effondrement, on parlait encore d’âge d’or avec des empereurs exceptionnels.

Rome et ses outils pour se propulser dans le leadership du monde connu.

Quand on cherche les ressorts et les outils pour comprendre un rayonnement, on trouve quelques fondamentaux. Toujours peu d’idées, peu de choses.2
-Une langue creuset des cultures. Forte, dense, sans fioritures. Le latin est un pragmatique, un homme d’action. En caricaturant beaucoup, le grec médite et ouvre l’esprit ; le romain construit.
-Un droit qui organise des rapports familiaux et économiques. Contractualiser, comment ? Par des principes régissant les obligations réciproques.
-Un statut, celui du citoyen romain qui fait rêver les peuples et diffuse un pouvoir d’aimantation. Le galvauder conduira à fragiliser le modèle.
-Une armée, souvent vaincue, au final toujours victorieuse. Une organisation, la légion, mobile, structurée à l’extrême. Des figures tactiques toujours répétées (rappelons la tortue) ,un entrainement obsessionnel, une discipline sans faille.
-Un pouvoir qui gère l’unité. SPQR, « Senatus et Populusque romanus ». Le Sénat, l’élite romaine et le peuple romain, rassemblés dans une même unité, parfois très douloureuse.
-Une idée aboutie, fruit de l’expérience, est sans cesse reproduite (exemple de l’armée romaine).
Les causes de l’effondrement sont multiples. Montesquieu en comptera jusqu’à 17… Sans doute deux sont majeures et concomitantes. Rome, contrairement à ce que l’on croit, a toujours voulu éviter une croissance démesurée. Rome est morte de la gestion de la complexité qui n’a pas préservé l’unité. Et surtout, Rome n’a pas su renouveler ses élites. Le moule cassé a laissé un corps sans âme. Personne n’a pu réamorcer le mécanisme de l’énergie. Trois mots expriment la décadence : Avaritia, Ambitio, Luxuria. L’avaritia est « la fureur du gain continu », l’ambitio est « ce que nous appelons l’arrivisme »,  la luxuria est « la volonté de toujours accroître le confort » (G.Ferrero). Toute civilisation est mortelle… Toute organisation peut disparaître. Un modèle n’est animé que par ceux qui s’engagent. Ce qui importe, c’est la transmission des choses essentielles.

Ne le dites pas tout haut, Astérix avait tort ! Nous garderons la nostalgie d’une civilisation qui reste la matrice de nombreuses réponses à nos organisations complexes.

Article de Jean Grimaldi d’Esdra, Directeur de Programmes Executive à l’EDHEC
Bibliographie:

Dictionnaire amoureux de la Rome antique
3 minutes pour comprendre la Rome Antique, M. Nicholls
Caton, Eugenio Corti
Rome antique hors série du Figaro
Auguste hors série du Figaro
Rome pour les nuls

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