L’après Mooc : à quoi faut-il s’attendre ?

Préliminaire parait-il d’un tsunami éducatif invraisemblable, le mot circule, représente l’avenir. Cet ovni, Mooc, signifie Massive Open Online Courses. Il reste encore quelques personnes à affranchir…

 

Des plateformes anglophones ont déjà une suprématie de présence sur Internet. Il faut visiter des plateformes francophones du type mooc-francophone.com ou FUN (France Université Numérique) car il est instructif de noter la manière dont sont présentés ces nouveaux outils. Ainsi, la présentation de FUN : «Les technologies numériques permettent de mieux visualiser. […] Quelle que soit votre situation géographique ou vos contraintes, des formations en ligne ou « hybrides » (mélange de formation en présentiel et à distance) vous permettent d’avoir accès de façon souple, de n’importe quel lieu et à n’importe quel moment, depuis votre ordinateur, tablette ou smartphone, à vos cours, vos exercices ou vos études de cas. Vous échangez facilement avec vos enseignants et les autres étudiants et pouvez travailler en groupe, même éloigné les uns des autres. Vous accédez à des formations à distance dispensées par des établissements du monde entier, avec des possibilités de certification. Le suivi de certaines formations, comme aujourd’hui les MOOCs, est ouvert et gratuit. »

Synthétisons :

1- Innovation : on visualise et on expérimente par le numérique.
2- Ubiquité pour découvrir des contenus.
3- Multiplication des échanges avec des proches ou des personnes éloignées.
4- Gratuité massive pour se former. Pour l’instant…

Que mesurer du phénomène ?

Le MIT et Harvard en 2012/2013, avec 17 cours en ligne sous forme de Moocs, ont enregistré 841 687 inscrits. Les chiffres font rêver. On mesure la puissance, l’inéluctabilité du phénomène.
L’enquête menée par ces prestigieuses écoles donne quelques leçons très significatives (voir le Figaro du 13/03/2014). Seuls 5 % des inscrits parviennent au bout de leur cursus. 9 % seulement ont vu plus de la moitié des cours. La plupart des décrochages ont lieu dans la période des deux premières semaines. Les gens s’inscrivent gratuitement pour découvrir ; ils zappent. La réussite à un examen ou une certification n’est plus le critère de l’efficacité de ce moyen pédagogique. Peut-oń mesurer le désir d’ouverture ? La micro-connaissance d’un jour fera peut être la vocation de demain.

Qu’en déduire ?

1-C’est davantage un outil de découverte que de formation.
2- C’est un outil pour imposer des marques fortes, quasi universelles.
3- C’est un outil qui n’intègre pas la persévérance indispensable à la formation conduisant à un diplôme.

Comment dès lors appréhender les Moocs ?

Les Moocs proposent une offre pléthorique de découverte de connaissances mais tout va dépendre de la finalité qu’on lui prête : on peut l’envisager sous plusieurs angles, comme un moyen d’éducation, de culture ou enfin de formation scolaire ou universitaire.
Pour l’éducation, la transmission nécessite la création d’un binôme : l’éducateur et l’enfant. La transmission est un acte de proximité, de répétition visible et adaptée. Le Mooc est un complément venant s’insérer dans un processus humain. Il faudra des conseils personnalisés pour choisir le Mooc nécessaire ou bien on se rabattra sur une marque, garantie de qualité.
Pour la culture, l’honnête homme, celui qui recherche un humanisme, trouvera dans les Moocs l’outil rêvé : s’étonner, susciter son intérêt, sa passion, ouvrir des pistes pour creuser ensuite seul dans une course très personnelle. Comme pour la culture, le butinage est roi. Un chemin de traverse est providence ; un thème en prépare un autre. Il n’y a nul besoin d’un cursus organisé. C’est l’esprit de l’homme qui se nourrit et qui grandit. La découverte et le choix sont bien aléatoires.
Pour la formation, la règle est inscrite dans la nature humaine. On devient professionnel en répétant. Pour répéter, il faut être astreint à une discipline. Le Mooc sera, là encore, un complément, à moins que l’on entre dans un nouveau système de mécanisme obligatoire. Il s’agirait alors d’une procédure inexorable : la machine suivrait, relancerait, imposerait. Le Mooc, répétiteur inexorable… Or on doit préférer le maître inflexible à la machine répétitive. La formation par ailleurs nécessite le lien avec la réalité proche et non une réalité reconstruite par la numérisation. Seul s’affronter au réel forme. Par la difficulté, le recommencement, les essais, les allers-retours.

3 conditions de réussite

Le gigantesque stockage de données informatives est à mettre en regard avec la puissance limitée de chaque homme. On ne peut tout apprendre, tout savoir. Cela conduit à imposer des directions à ce système éducatif universel, massif :
1- Le choix pertinent du bon Mooc. Le produit à lancer est un moteur intelligent des Moocs.
2- La bonne association de tous les registres d’intelligence. Le design des Moocs exige de fédérer oralité, vision et écriture pour une mémorisation optimale.
3- Comment favoriser un échange vrai entre peu de personnes. Comment adosser le Mooc à une nouvelle forme de réseau social sélectif.

Article rédigé par Jean Grimaldi d’Esdra, Directeur de Programmes Executive à l’EDHEC

 

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