Génération Y: nouveau défi pour les managers ?

Conférence animée par Jean-Louis Raynaud, Directeur EDHEC Advanced Management Programme

C’est à un véritable tour de force que s’est livré Jean-Louis Raynaud qui en traitant de la génération Y dans l’entreprise s’affrontait à un sujet réputé éminemment anxiogène chez les Seniors over 40. Avec son aisance habituelle et fort de son expertise, le Directeur de l’EDHEC Advanced Management Programme remporte son défi haut la main, parvenant même -en 60 minutes chrono !- à rassurer une assemblée de dirigeants et managers directement confrontés à la gestion des Juniors, et par conséquent avides d’analyses et de conseils pour surmonter leurs appréhensions face à l’arrivée massive de ces jeunes salariés nés entre 1978 et 1994.

Jean-Louis Raynaud place d’emblée son exposé sous le signe de la dédramatisation, n’hésitant pas à convoquer les plus illustres penseurs pour nous rappeler que le débat sur la réalité du conflit intergénérationnel ne date pas d’hier, mais qu’il est au moins aussi vieux que notre civilisation : tandis que Socrate se plaignait déjà de cette jeunesse qui « est mal élevée, se moque de l’autorité et n’a aucune espèce de respect pour les anciens », Tocqueville quant à lui saluait au contraire ses vertus régénérantes pour les démocraties, dans lesquelles « chaque génération est un peuple nouveau ».

Les générations spontanées n’existent pas : de même que celles qui l’ont précédée, la Génération Y est le produit de l’effet d’âge conjugué à l’effet de contexte, et se caractérise avant tout par une hyper-sensibilité à un environnement de moins en moins stable et toujours plus technologique. S’ils ont effectivement été bercés au rythme étourdissant de l’accélération du progrès dans les NTIC, ces enfants des Seniors n’ont en revanche pas pu échapper à l’angoissant climat de crise et de chômage durablement installé dès la fin des années 70, et considérablement aggravé par la survenue en 2008 d’un choc économique et financier d’une intensité dramatique inégalée depuis 1929. A cela s’ajoutent les « drames » sanitaire et naturel dont les médias omniprésents démultiplient les dévastateurs effets psychologiques, en propageant à travers leurs multiples canaux ce que Jean-Louis Raynaud qualifie de « tourbillon de la peur ».

Aussi, parce que le monde est instable la Génération Y se cherche des racines et des repères : bien qu’extrêmement tolérante sur le plan des moeurs et de la diversité, elle se révèle étonnamment conformiste voire conservatrice en termes de valeurs, plébiscitant littéralement la famille et accordant un rôle fondamental au travail, ainsi qu’à la culture locale et régionale. Parce que l’avenir est incertain, elle est hédoniste et entend bien s’enivrer de consommation et de sensualité : les marques et le luxe sont à l’honneur, mais le goût de l’authentique ne disparaît par autant et semble même revigoré par l’envie de produits simples, savoureux et si possible estampillés « terroir ».

Rien de surprenant dès lors si les Y se singularisent également dans leur rapport à l’entreprise : plus pragmatiques et distanciés que leurs parents, dont le surinvestissement au travail n’a pas toujours été récompensé, conscients de leurs compétences ils s’avouent opportunistes et ambitieux. Mais ils se déclarent prêts à s’impliquer sans compter et à rester dans l’entreprise si celle-ci répond à leurs attentes quant à la rémunération et à la qualité des conditions de travail. Et Jean-Louis Raynaud de souligner la consternation des DRH et recruteurs face au culot de ces jeunes embauchés pour qui « tout est négociation : du contrat de travail au job, en passant par la définition de fonction et la taille du bureau, jusqu’aux relations de travail et à la participation aux prises de décisions. La négociation n’est pas un mécanisme de résolution de conflit, c’est le mécanisme normal d’échange au sein du business ! ». C’est également un excellent moyen pour mettre le chef à l’épreuve, et valider rapidement ses compétences réelles de meneur d’équipe exemplaire, et de stratège en qui pouvoir placer sa confiance et son admiration.

« Et le DRH n’a pas fini d’être bousculé par cette génération hyper-réactive et hyper-connectée, capable via les réseaux sociaux d’accéder par exemple aux informations concernant un poste à pourvoir avant que lui-même n’en ait été informé », rappelle Jean-Louis Raynaud. Ces jeunes recrues incarnent la révolution technologique qui a radicalement modifié le fonctionnement des entreprises : la communication est désormais permanente, instantanée et quasi illimitée, elle transgresse les procédures, court-circuite les hiérarchies et se moque des organigrammes. Par sa puissance et sa vitesse elle offre en outre l’avantage non négligeable d’accélérer prodigieusement l’identification des problèmes et donc leur résolution.

Jean-Louis Raynaud ne se prive pas non plus de rappeler aux managers et aux dirigeants leur rôle déterminant dans le désamorçage des tensions et des conflits en vue de l’harmonieuse assimilation des Juniors, et précise même que « l’intégration doit être pensée au plus haut niveau de l’entreprise comme étant un des facteurs majeurs du recrutement, de l’adhésion aux valeurs et de la fierté d’appartenance ». Cet état d’esprit propice à l’apaisement s’inscrit dans une stratégie absolument indispensable à l’instauration d’un climat positif et constructif nécessaire à la bonne marche de l’entreprise. Mieux, si les Y sont adéquatement managés et coachés, comme eux-mêmes le réclament, leurs défauts apparents se transformeront en précieux atouts dans la nouvelle compétition globalisée.

Mais comment faire pour y parvenir ? Quels sont les bons leviers à actionner ?

Tout d’abord en répondant au fort besoin de reconnaissance de la jeune génération par un management collaboratif établissant un lien humain plus direct et personnalisé, et donc plus apte à mobiliser des Juniors individualistes et court-termistes, qui attendent d’être constamment rassurés sur leurs performances et associés à la réflexion, et aussi qu’on leur indique sans détours les domaines dans lesquels ils doivent progresser et s’améliorer.

Cet effort de dialogue et de proximité risquerait cependant de s’avérer bien vite inutilement coûteux en temps et en énergie s’il ne s’accompagnait pas d’un solide dispositif de formation : conçu comme un instrument de motivation et de fidélisation, il doit garantir au nouvel embauché le développement et la valorisation de ses compétences, ainsi que la progression de sa carrière et le maintien de son haut niveau d’employabilité.

« Mais malheur au DRH qui oublie de rappeler clairement les règles de l’entreprise. Ou qui présente l’autorité en montrant au Y sa place dans l’organigramme : pour le Y ça n’a aucun sens, prévient Jean-Louis Raynaud. Il vaut infiniment mieux lui exposer sa fonction en la situant dans la chaîne de la valeur de l’entreprise et parmi les interactions à l’oeuvre pour servir au mieux le consommateur ». Et la mise en garde vaut également pour les dirigeants qui se contenteraient d’afficher leurs valeurs dans les couloirs de l’entreprise en négligeant de les dépoussiérer et de les transposer dans les pratiques et des dans les faits. Il en va bien sûr de même avec la notion de sens et le rôle de l’entreprise dans la société, qui devront sans doute à nouveau faire l’objet de réflexions éthiques et philosophiques en vue de satisfaire les exigences et questionnements d’une génération qui a besoin de savoir pour quoi elle travaille.

« La mise en oeuvre de cette dynamique positive favorisant l’adaptation réciproque est probablement aujourd’hui le challenge du cadre supérieur et du cadre dirigeant, conclut Jean-Louis Raynaud dans un esprit résolument optimiste. Préférer le partage et la transmission à l’hostilité et à l’anxiété est la condition sine qua non à l’éclosion des talents de cette nouvelle génération, parce demain ils seront les vraies valeurs de l’entreprise, autrement dit les futurs cadres dirigeants »
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2 réactions à Génération Y: nouveau défi pour les managers ?

  1. Generative Conseil a écrit:

    Bonjour,

    Nous sommes tout à fait d’accord avec votre vision de la Génération Y, nous avions d’ailleurs publié un article à ce sujet en novembre dernier: http://generativeconseil.wordpress.com/2012/11/16/la-generation-y-qui-ca/ .

    Au plaisir de vous rencontrer lors d’une prochaine conférence à ce sujet,

    L’équipe Generative Conseil

  2. Article writing is also a fun, if you know after that you can write otherwise it is complicated to write.

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